Un pays qui partage toutes ses frontières avec d’autres pays européens, comme l’Allemagne avec ses neuf voisins, peut-il faire l’économie d’une politique européenne active ? La réponse est évidente : avec sa position au carrefour de l’Union européenne (UE) actuelle, les Allemands ont tout intérêt à un voisinage cordial et pacifique. Etant le pays le plus peuplé avec une économie puissante et une situation centrale, l’Allemagne réunifiée a un intérêt majeur à s’impliquer dans l’intégration européenne et dans le développement et l’élargissement de ce cadre.
Une Europe dynamique est dans l’intérêt de l’Allemagne : dans le passé, le processus d’intégration s’est avéré être une condition cadre propice à la paix, à la prospérité et à la sécurité. Avec la politique commune, l’Allemagne a trouvé des partenaires solides chez ses voisins ; avec l’Europe, elle a retrouvé son unité et est devenue une voix que l’on écoute dans le monde. Pour les Allemands, la pondération pacifique des intérêts avec ses voisins et le monde est devenue une clé de la réussite de l’intégration européenne. La présidence allemande du Conseil européen au premier semestre 2007 en a encore souligné l’importance. L’Allemagne a posé les fondements du Traité de Lisbonne et obtenu l’approbation de tous les membres de l’UE pour renforcer celle-ci dans des domaines importants concernant sa capacité de décision, ses institutions et sa politique.
Du point de vue allemand, trois facteurs sont au premier plan : dans le passé, le processus d’intégration s’est avéré être une condition cadre propice à la paix, à la prospérité et à la sécurité ; deuxièmement, ses structures ont permis d’articuler et de défendre avec succès les intérêts allemands en Europe et, troisièmement, l’Allemagne a trouvé, avec la politique commune, des partenaires solides en ses voisins.
En mars 2007, on a célébré le cinquantième anniversaire des Traités de Rome. C’est avec ces traités instituant la Communauté économique européenne que commença en 1957 l’histoire remarquable de l’ Intégration européenne. Contrairement aux premiers pas allant de la Communauté européenne du charbon et de l’acier à la Communauté de défense européenne, les Traités de Rome ne se concentraient pas sur le contrôle d’industries naguères si importantes en temps de guerre comme le charbon et l’acier ou sur la mise en commun de forces de défense. Le développement des économies d’Europe de l’Ouest par l’approfondissement de la coopération et la promotion du commerce était au premier plan dans l’esprit des pères de l’Europe. L’idée fondatrice de la décision de 1957 est toujours d’actualité – les Traités de Rome ont lancé une union douanière et la politique commerciale commune de l’UE. Le développement d’un marché commun sans entrave au commerce était dans la logique des traités. Cette décision détermina bien plus la dynamique de l’intégration européenne que toute déclaration politique au cours des décennies passées. L’objectif d’un marché unique exigeait une instance politique qui l’organiserait ; c’est la Commission européenne, une institution située au-dessus des intérêts nationaux et garante des traités. Cet objectif exigeait la suppression des frontières intérieures afin de réaliser la libre circulation des biens, des services, du capital et du travail – c’est le programme adopté en 1992 pour l’achèvement du marché intérieur. Ce marché impliquait des garanties au niveau de la politique monétaire, ce qui mena, en de nombreuses étapes, à l’euro qui fut d’abord une monnaie comptable avant d’exister en espèces en 2002. Les conséquences institutionnelles de ces interactions économiques donnèrent les impulsions menant aux différentes étapes de l’intégration – depuis la consolidation de la Commission et les décisions prises à la majorité au Conseil de l’Union européenne, en passant par l’élection directe du Parlement européen, l’élargissement des compétences communautaires et les grandes réformes contractuelles des Traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice. Ainsi, le Traité de Lisbonne adopté en décembre 2007 est une conséquence des Traités de Rome et du « débordement » de l’intégration économique dans l’espace politique.
Les conséquences institutionnelles de ces interactions économiques donnèrent les impulsions menant aux différentes étapes de l’intégration – depuis la consolidation de la Commission et les décisions prises à la majorité au Conseil de l’Union européenne, en passant par l’élection directe du Parlement européen, l’élargissement des compétences communautaires et les grandes réformes contractuelles des Traités de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice. Ainsi, le traité sur la Constitution européenne, qui est en cours de ratification, est une conséquence des Traités de Rome et du « débordement » de l’intégration économique dans l’espace politique.
Sans vouloir sous-estimer l’importance du rapprochement politique en Europe, la dynamique économique de l’intégration et l’attrait d’un grand marché intérieur peuvent être considérés comme le motif expliquant le mieux le désir d’adhésion d’autres pays européens. Cela vaut pour l’adhésion de la Grande-Bretagne, du Danemark et de l’Irlande dans les années 1970, de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal dans les années 1980, de l’Autriche, de la Suède et de la Finlande dans les années 1990 – et cela vaut aussi pour l’attraction qu’exerce l’UE sur les nouvelles démocraties adeptes de l’économie de marché en Europe centrale et orientale et au sud-est de l’Europe. Comme pour la jeune République fédérale d’Allemagne dans les années 1950, l’adhésion à l’Union européenne des jeunes démocraties du sud et de l’est de l’Europe s’avéra aussi être une reconnaissance et une garantie de leurs accomplissements politiques pour surmonter la dictature et la tyrannie.
La politique allemande a appuyé sans réserve l’approfondissement de l’intégration européenne, son élargissement au nord, au sud et à l’est, et l’instauration de ses institutions. La force de la politique européenne allemande résidait d’une part dans l’orientation des relations franco-allemandes sur l’UE et, d’autre part, dans ses relations étroites avec les pays membres plus petits. Des étapes clés de l’Union européenne et des blocages de décision ont souvent été surmontés grâce à la volonté de compromis et aux contributions de l’Allemagne.