En acceptant la réunification de l’Allemagne, ses anciens adversaires et victimes rendaient hommage à l’amendement des Allemands au cours des quatre dernières décennies, et ils y associaient l’espoir que les réalisations allemandes en matière de reconstruction et d’intégration constitueraient un pont vers l’avenir pendant cette période. Que cette réorientation ait réussi est dû en grande partie à la politique étrangère allemande telle qu’elle a été élaborée et pratiquée depuis la création de la République fédérale d’Allemagne en 1949. L’existence d’un large consensus et de certaines continuités en politique étrangère a été et est encore l’un des traits marquants de la culture politique en Allemagne. Depuis l’époque de Konrad Adenauer, le premier chancelier allemand (1949–1963), on compte parmi ceux-ci le partenariat transatlantique et l’intégration européenne, la volonté de bonnes relations avec les pays voisins, notamment avec la France – la politique étrangère allemande s’y étant attachée dès le début des années 1950 –, et le difficile processus de réconciliation avec Israël qui fut entamé très tôt.
Cela semble évident aujourd’hui mais représentait un immense défi au vu de la politique et des guerres menées par l’Allemagne pendant la première moitié du XXe siècle et dans le contexte figé de la guerre froide.
Le XXe siècle a été un siècle de bouleversements sans pareil. Trois conflits planétaires – les deux guerres mondiales, la guerre froide – et une série de transformations révolutionnaires ont laissé des traces profondes dans la vie des peuples et des Etats. Cela vaut particulièrement pour l’Allemagne. En effet, ce pays situé au centre de l’Europe a été responsable d’événements comme l’éclatement des deux guerres mondiales, ou a été particulièrement concerné par la guerre froide et le début de la disparition – à la fin des années 1980 – d’un ordre mondial bipolaire. Avec la dissolution de l’ancien ordre mondial, les Allemands furent confrontés à une situation totalement nouvelle tant sur le plan de la politique intérieure que de la politique étrangère. Ils ont bénéficié d’une dynamique politique qui prit fin en 1991 avec la disparition de l’Union soviétique. Cette évolution n’a pas seulement favorisé la réunification des deux Etats allemands en 1990, elle a aussi restitué à l’Allemagne, avec la réunification, une pleine souveraineté perdue depuis près d’un demi-siècle.