Pour des raisons historiques comme la Réformation, la guerre de Trente ans et la Paix de Westphalie en 1648, le tableau des religions en Allemagne est marqué par la parité entre catholiques et protestants. Aujourd’hui, c’est surtout un aspect pluraliste et séculier qui caractérise le paysage religieux allemand. Environ 60 % de la population allemande (soit quelque 25 millions de personnes pour chaque confession) déclarent appartenir à l’une ou l’autre des deux grandes confessions chrétiennes, organisées pour le catholicisme en diocèses fédérés par la Conférence épiscopale allemande et, pour le protestantisme, en Eglises évangéliques régionales ayant pour organe national l’Eglise évangélique d’Allemagne (Evangelische Kirche in Deutschland). Celles-ci coopèrent avec plus de 20 autres Eglises chrétiennes (Eglises orthodoxes, évangéliques libres, vieilles-catholiques, etc.) au sein du Groupe de travail des Eglises chrétiennes (ACK). La communauté juive a elle considérablement augmenté depuis le début des années 1990, notamment en raison de l’immigration en provenance des pays de la CEI.
L’islam a gagné en importance avec l’immigration (notamment depuis la Turquie). Représentant 4% de la population totale, le groupe des croyants musulmans de toutes tendances vient en troisième place derrière les catholiques et les protestants. D’autres religions et communautés religieuses (bouddhisme, hindouisme, baha’isme, témoins de Jehova), existent également en Allemagne, la construction de lieux de prière représentatifs illustrant toujours plus leur présence. Certaines de ces communautés ont une longue tradition en Allemagne ou sont même nées dans le pays, comme les Frères moraves ou le Mouvement religieux libre. D’autres religions ne se sont implantées que récemment dans le pays.
Les relations entre l’Etat et la religion en Allemagne se basent sur la liberté de religion garantie par la Loi fondamentale, sur la séparation de l’Etat et de l’Eglise comprise comme la neutralité de l’Etat en matière de philosophie religieuse ainsi que sur le droit à l’autodétermination des communautés religieuses. La Constitution considérant la religion non comme une mission de l’Etat mais comme une mission publique, l’Etat soutient les communautés religieuses. Nombre de règlements légaux ou contractuels (concordats, contrats Etat-Eglises) régissent des questions comme l’enseignement religieux, l’impôt du culte, les aumôneries militaires ou les facultés de théologie. La Loi fondamentale garantit l’enseignement religieux confessionnel comme matière scolaire régulière (mais limitée par les « clauses de Brême » pour les Länder de Brême et de Berlin). Sans préjudice du droit de regard de l’Etat, l’enseignement religieux est dispensé en accord avec les principes de ces communautés religieuses. Pour être prises en compte au niveau légal, les communautés religieuses doivent acquérir une capacité juridique conforme aux principes du droit civil. L’Eglise catholique et les Eglises évangéliques régionales possèdent le statut de collectivités de droit public d’un type particulier (ce statut existait avant même la République de Weimar). Il est ouvert à toutes les communautés religieuses ayant suffisamment de membres et offrant des garanties de durée.
L’Allemagne étant un Etat fédéral, ce sont les Länder qui sont compétents en matière de culte. Des contrats règlent les relations entre les Eglises ou communautés religieuses et l’Etat allemand ou les Länder. Les concordats avec l’Eglise catholique romaine sont des contrats relevant du droit international conclus soit avec l’Etat du Vatican soit avec le Saint Siège comme organe suprême de l’Eglise catholique. Les contrats de l’Etat avec les autres communautés religieuses sont soumis au droit national en raison de leur absence de capacité juridique au niveau international. Un contrat entre la République fédérale d’Allemagne et le Conseil central des Juifs en Allemagne a été conclu le 27 janvier 2003.
Les Eglises chrétiennes
L’Eglise catholique d’Allemagne (Katholische Kirche in Deutschland) constitue le cadre de référence institutionnel pour 25,46 millions de catholiques (en 2007). La Conférence épiscopale allemande (dont le secrétariat se trouve à Bonn) réunit tous les évêques catholiques des 27 diocèses couvrant 12.000 paroisses. Font partie de cette conférence les évêques diocésains, les coadjuteurs et les administrateurs de diocèse, soit actuellement 69 membres. La Conférence assure les tâches pastorales communes, coordonne le travail de l’Eglise et adopte des décisions communes. Le président actuel de la Conférence est l’archevêque de Fribourg, Mgr. Robert Zollitsch, élu en février 2008 lors de l’assemblée générale de printemps de la Conférence épiscopale allemande. Les organisations de l’Eglise catholique œuvrent dans tous les domaines de la société. Les laïcs catholiques sont organisés en un Comité central des catholiques allemands qui met sur pied la Journée des catholiques allemands tous les deux ans depuis 1848.
L’Eglise catholique d’Allemagne fait partie de l’Eglise universelle avec le pape comme chef suprême de l’Eglise catholique romaine. Le 19 avril 2005, après 482 ans, un conclave a à nouveau élu un Allemand, le cardinal Joseph Ratzinger, à la tête de l’Eglise catholique romaine, le pape Benoit XVI.
L’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), dont le siège se trouve à Hanovre, est une communauté rassemblant les 22 Eglises évangéliques régionales autonomes de confession luthérienne, réformée et unie. Avec 25,4 millions de membres (en 2005) dans 16.100 paroisses, elle représente la plus grande partie des chrétiens protestants en Allemagne.
Les comités directeurs élus de l’EKD (Synode, Conseil et Conférence des Eglises) veillent à la réalisation des tâches de l’EKD qui sont fixées dans la Constitution ecclésiale de l’EKD. Les 120 membres du Synode se réunissent en général une fois par an. Ils adoptent les lois ecclésiales et prennent position sur des questions tant religieuses que sociétales. La présidente du Synode est actuellement Mme Barbara Rinke, maire de la ville de Nordhausen en Thuringe. Le Conseil dirige l’EKD et la représente à l’extérieur. Composé de 15 membres (des laïcs et des théologiens, dont 7 femmes), il est élu pour six ans par le Synode et la Conférence des Eglises. L’évêque Pr. Wolfgang Huber est président du Conseil de l’EKD depuis 2003.
Les Eglises évangéliques possèdent elles aussi un réseau d’organisations diversifié. Dont la Journée des protestants allemands, organisée depuis 1949, l’année de fondation de la République fédérale d’Allemagne, tous les deux ans en alternance avec la Journée des catholiques allemands. L’Eglise évangélique fait partie du Conseil œcuménique des Eglises (le Conseil mondial des Eglises, dont le siège est à Genève).
Avec leur engagement au sein de l’Etat et de la société, les deux grandes Eglises chrétiennes ont largement contribué à la reconstruction des structures démocratiques en Allemagne après 1945. Les Eglises, et notamment l’Eglise évangélique, ont pris une part active au tournant politique en RDA qui conduisit à la chute du Mur en 1989. L’engagement des Eglises fait partie intégrante de la vie publique, notamment en matière d’enseignement et d’éducation. Leurs organisations caritatives (le Caritasverband catholique et le Diakonisches Werk protestant) assurent des services sociaux étendus avec leurs hôpitaux, leurs foyers de personnes âgées, leurs maisons de retraite, et proposent prise en charge et conseil en toutes circonstances. Les deux Eglises sont des partenaires du gouvernement fédéral en matière de travail pour le développement dans le monde et s’engagent dans des missions humanitaires. Leurs œuvres caritatives sont essentiellement financées par des dons. Les migrants, la promotion de la paix, la pastorale à l’étranger et des étrangers font également partie de l’engagement international des Eglises.
Les Eglises catholique et évangélique en Allemagne se distinguent par leur forte présence dans la société et leur étroite coopération œcuménique. En 2010, elles organiseront en commun, et pour la seconde fois depuis 2003, une Journée œcuménique des Eglises à Munich où plus de 200.000 participants sont attendus.
Les musulmans
Quelque 3,4 millions de musulmans issus de 40 pays vivent en Allemagne, près d’un million d’entre eux possèdent la nationalité allemande. Parmi les musulmans d’Allemagne, environ 2,6 millions sont d’origine turque. Les croyants venus de Bosnie-Herzégovine, d’Iran, du Maroc et d’Afghanistan représentent le deuxième plus grand groupe de musulmans. Leur obédience : 80 % sont sunnites, 17 % alévites et 3 % chiites.
Des communautés musulmanes se sont formées dans nombre de villes allemandes où l’on trouve environ 2.600 lieux de prière et de réunion islamiques, 159 d’entre eux étant des mosquées avec leur coupole et leur minaret. La plus grande mosquée construite à ce jour en Allemagne a été consacrée en 2008 à Duisburg et la construction de plus de 100 nouvelles mosquées est prévue (dont une autre grande mosquée à Cologne). Le gouvernement fédéral considère cette évolution comme positive, les musulmans considérant l’Allemagne comme le pays où ils souhaitent vivre à long terme.
En septembre 2006, la Conférence de l’islam en Allemagne (DIK – Deutsche Islam Konferenz) a été instituée par le ministre fédéral de l’Intérieur, créant ainsi un cadre permettant un dialogue structuré entre l’Etat allemand, les organisations musulmanes et la majorité des musulmans non représentés par ces organisations.
L’objectif de ce dialogue est une meilleure politique d’intégration au niveau religieux et sociétal de la population musulmane. Pour refléter la diversité de la vie musulmane dans les délibérations de la DIK et ses groupes de travail, des personnalités musulmanes venant de différents secteurs sont invitées à y prendre part à côté des représentants des cinq grandes organisations musulmanes.
Depuis 2004, certaines universités allemandes enseignent la théologie musulmane et forment des professeurs de religion islamique à titre d’expérimentation. Des cours de religion islamique sont proposés dans les écoles publiques au sein de grands projets pilotes au Bade-Wurtemberg, en Bavière, à Berlin, à Brême, en Rhénanie du Nord-Westphalie, en Basse-Saxe et en Rhénanie-Palatinat. On travaille actuellement à la mise en place de cours de ce type dans toute l’Allemagne.
Les communautés juives
En 1933, environ 530.000 Juifs vivaient dans l’Empire allemand. Après l’Holocauste, il n’y en avait plus que quelques milliers en Allemagne. Aujourd’hui, les communautés juives allemandes comptent quelque 100.000 membres en raison de l’immigration en provenance des pays de l’ancienne Union soviétique depuis 1990. Leur orientation va des communautés orthodoxes aux communautés réformées et libérales. A celles-ci viennent s’ajouter quelque 90.000 Juifs qui ne sont pas membres d’une communauté particulière. En 1999, l’Abraham Geiger Kolleg, créé à l’université de Potsdam, fut le premier séminaire rabbinique fondé en Allemagne depuis l’Holocauste.
La plus grande communauté juive se trouve à Berlin, puis viennent les villes de Munich et de Francfort-sur-le-Main. Depuis la réunification en 1990, les communautés juives d’Allemagne de l’Est riches en tradition, notamment à Dresde et à Leipzig, ont pu à nouveau déployer de multiples activités.
L’organisme coiffant les communautés juives est le Conseil central des Juifs en Allemagne (Zentralrat der Juden in Deutschland), fondé en 1950. Ayant son siège à Berlin, il se compose de 23 fédérations communautaires des Länder ; actuellement, 107 communautés juives sont membres de ces fédérations. Mme Charlotte Knobloch est la présidente du Conseil central des Juifs en Allemagne depuis 2006.
Le gouvernement fédéral apporte son soutien à hauteur de cinq millions d’euros par an au Conseil central des Juifs pour protéger et conserver l’héritage culturel juif allemand, pour la reconstruction de la communauté juive et pour réaliser des tâches sociales et d’intégration. La Fédération et les Länder soutiennent en outre d’autres institutions de la communauté juive allemande et veillent à la préservation des cimetières des anciennes communautés juives en Allemagne.